Vous découvrez ci dessous un extrait des Yoga Sutras de Patanjali avec les commentaires de Jean-Armand. Vous pouvez obtenir gratuitement une copie intégrale des Yoga Sutras sous forme électronique en les demandant à : jean-armand.hourtal.idem@wanadoo.fr

Extrait :

2.29. Les huit membres du yoga sont :

1- L'éthique dans sa relation avec les Autres    (AY 2-30)

2- L'éthique par rapport à Soi                          (AY 2-40)  

3- La pratique de la posture                             (AY 2-46)

4- Le contrôle de la respiration                        (AY 2-50)

5- La maîtrise des sens                                     (AY 2-54)

6- La concentration mentale                             (AY 3-01)   )

7- La méditation                                              (AY 3-02)   )  ou Conscience Totale

8- L'état d'unité                                               (AY 3-03)   )

Commentaire : Les huit "membres" du yoga sont autant de portes d'entrées pour entrer dans la pratique. Doit-on commencer nécessairement par le point 1 et progresser jusqu’au point 8 "dans un bon ordre" ? Il n'existe pas d’interdiction absolue et définitive d’agir différemment. Pour autant, comme dans toutes les activités humaines, il semble raisonnable de « commencer par le commencement », c'est-à-dire par l'intégration des principes de l'éthique. Il pourrait exister ici et là, un privilégié particulièrement doué qui pourrait « sauter les étapes » et arriver d’un seul bond à la perfection...et s'y maintenir dans la durée. Mais ce serait l’exception qui confirme la règle. Nous n’avons jamais rencontré un pareil cas…mais nous ne connaissons pas tout ! Le Sutra 2-49 qui sera examiné plus tard nous propose cependant quelques indications…

 2.30. - L'éthique dans sa relation avec les autres consiste à être non-violent, rester dans la vérité, ne pas accumuler des richesses, à vivre des relations modérées et désintéressées.

Commentaire : Tout d'abord, il convient de préciser ce que recouvre le concept d'éthique dans sa compréhension générale : "L'éthique est fondée sur une démarche intérieure qui interroge la visée des valeurs humaines dans leurs relations entre soi-même, les autres et les choses. Elle se construit par une réflexion confrontant les discours et les comportements. L'éthique est une prise de risque en direction du bien et du juste. Son intention s'exprime dans la pensée, la parole et les actes.».

D’une manière générale, la démarche éthique ne peut se concevoir et se réaliser que dans le contexte de la reconnaissance de l’autre et des autres. C’est ce que l’on pourrait appeler « un statut moral de la personne » :  

1) Il s'applique aux personnes de façon  universelle, c'est-à-dire  sans considération de race, d'âge, de sexe, de  culture, de religion etc.

2) Il considère que chaque être humain est sujet de droit, de devoirs et surtout de dignité.

3) Il suggère une ouverture à la transcendance.

L’éthique du yoga est celle qui s’inscrit dans chaque aspect de la vie, en sanscrit "yama" elle a le sens de discipline. Elle se résume en cinq préceptes de portée générale vis-à-vis du prochain :

La première règle éthique dans notre relation avec les autres est la non-violence "ahimsa" cela signifie positivement : "dire non à la violence" afin, au moins, de ne pas nuire. Il s’agit pratiquement de s’abstenir de faire du mal à toute créature vivante. Ahimsa est non seulement le respect extérieur de la vie mais aussi et surtout une attitude intérieure de paix, de justice et de recherche de liberté pour chacun. La non-violence est l'aspect pratique de l'éthique, elle concerne les actions, les paroles et les pensées.

La seconde règle est celle de sincérité ou bonne foi car elle régit nos rapports avec la vérité "satyam". La vérité, comme toute arme puissante doit se manier avec discernement en pensant justement à l'autre, à sa capacité de comprendre et à assumer. Elle consiste à ajuster les actes à ses paroles et ses paroles à ses pensées. Nous pourrions parler d'authenticité de l'être ou encore d'intégrité, cela exclue, dans la pratique : le double langage, la langue de bois et le "flou artistique dans l'intention de tromper" dans l'expression. "Que votre oui soit oui, que votre non soit non"…En cas de doute sur la conduite à tenir, le yoga recommande la modération dans l’usage de la parole et préfère le silence aux bavardages inutiles.

La troisième règle consiste à ne pas voler "asteya", ne pas accaparer sans juste motif des biens ou les personnes au détriment des autres. En effet, de façon générale, le vol est toute soustraction frauduleuse d’un bien quelconque à un individu ou à la collectivité de manière provisoire ou définitive. On peut assimiler au vol l'habitude de faire perdre inutilement sont temps aux autres. Occuper un territoire, un espace, un bâtiment, un moyen de transport qui fera défaut aux autres sont d'autres exemples de vol. Le yoga n'est pas opposé à la propriété personnelle raisonnable pourvu qu'elle réponde à un besoin et qu’elle ne nuise pas à son prochain.

 La quatrième règle de l’éthique est la modération dans ses relations vis à vis de l'Autre "brahmacharya". Cette modération comprend l'ensemble des faits et gestes incluant son prochain. La sagesse relationnelle inclut toutes les circonstances de la vie (les contacts professionnels, de voisinage, les relations les plus intimes). Certains traducteurs assimilent abusivement le terme de "brahmacharya" qui signifie littéralement « dévotion à Brahma » à celui de célibat ou même d'abstinence totale des relations sexuelles. Cette version est pour le moins réductrice et ne prend en compte ni les besoins physiologiques, ni les différentes personnalités, ni les niveaux de progression spirituelle, ni les vocations particulières, ni le simple bon sens de modération et d'équilibre en toutes choses. En outre, une règle éthique ne vaut que si elle est applicable universellement. Dans ce cas précis que deviendrait notre société si tout le monde pratiquait toujours et partout l’abstinence ? Au plan de la sexualité, ce sutra signifie simplement qu'elle doit être responsable, consciente et respectueuse du prochain. Le yogi n'est jamais un extrémiste, ni un impérialiste : sa conduite, sa pratique et son enseignement sont colorés par la mesure, l'humour et l'amour.                                                                                                                                                   

La cinquième règle consiste justement à être désintéressé "aparigraha". Cette posture de lâcher-prise permet l’action mais sans s’attacher outre mesure aux résultats de ces actions. Le yogi ne devrait pas se conduire en mercenaire. Ceci implique de privilégier les échanges justes et équilibrés dans chaque acte de la vie. Par exemple un instructeur éclairé du yoga ne sollicitera aucun avantage en nature ou en espèces en paiement de son enseignement. Il démontre par là que le yoga, tout comme l'amour ne peut être considéré comme une marchandise, il est en dehors du commerce et ne peut s'acheter ou se vendre.

La pratique du yoga ajoute à ces cinq règles quelques déclinaisons vertueuses comme : L’indulgence, la patience à supporter toutes choses agréables ou désagréables « Kshamâ » ; la fermeté intérieure dans le bonheur ou dans le malheur « Dhriti » ; la piété, la bonté « Dayâ » ; la simplicité «Arjavam » ; la modération dans l’usage de la nourriture « Mîtâhâra » ; la pureté du corps et du mental « Shaucham ».

 2.31. - Lorsque l'éthique est pratiquée continuellement, en tout lieu et envers tous les êtres, il s'agit des grands vœux universels.

Commentaire : Le cheminement et l’émergence de la conscience sont progressifs, il existe plusieurs degrés ou étapes dans la pratique du yoga. Les débutants peuvent commencer par une pratique éthique conditionnée selon les temps, les circonstances. Il s'agit alors "des vœux conditionnés" praticables par toute personne, même chargée de famille et ayant une activité professionnelle. Les yogis plus avancés peuvent évoluer vers une éthique plus exigeante et universelle. Cette dernière situation ne peut être moralement acceptable que lorsque tous les engagements sociaux et familiaux ont été remplis. Le yogi, n'est pas un déserteur qui abandonne les siens en les laissant dans le besoin. Avant toute chose, il réalise ce qui est juste et opportun en raison du contexte qui est le sien.