Pas de paix sans justice

Réflexion sur le thème : Il n’y a pas de paix sans justice.

 La paix, qu’elle soit personnelle ou collective, ne peut exister ou se maintenir en dehors d’une réelle justice.

Cette forme de justice s’exprime « ici et maintenant », il s’agit donc d’une justice au présent et objective. Elle se pratique dans la non-violence et témoigne ses liens avec la liberté, l’égalité et la fraternité.

A l’évidence, la justice au niveau d'une nation ne peut se fonder que sur un Etat de Droit qui s’applique à tous et à chacun : Elle ne considère ni la nationalité, l’origine sociale ou culturelle, l’appartenance à un groupe ethnique, religieux ou de pensée, quel que soit le sexe ou l’orientation sexuelle, l’âge, la couleur de la peau ou la fortune...

 Cette justice doit aussi prendre en compte le sentiment d’injustice engendré par les évènements du passé. Pour ce faire, il convient de connaitre et de reconnaître les violations de la justice enregistrées par l’Histoire des Hommes. Pour alléger les souffrances, il est indispensable de reconnaitre les faits y compris les moins glorieux. Mais cela n’est pas suffisant, à chaque niveau de responsabilité, il convient de réparer concrètement ce qui peut l’être, lorsque cela est possible. Dans le cas contraire, lorsque les victimes directes ont disparu, seule une reconnaissance officielle suivie d’une réparation symbolique peut soigner les nombreuses injustices du passé. Cette démarche est l’unique moyen de prévention de la reproduction et de la multiplication des potentielles injustices du futur.

 Certes, dans la recherche d’une paix fondée sur la justice, une place peut être réservée à la recherche et aux sanctions pour les responsables et les coupables. En effet, la recherche de la paix par des moyens non-violents n’a rien à voir avec la naïveté, bien au contraire, les Maîtres en la matière, Gandhi et Mandéla ont été de parfaits pragmatiques dans leurs actions et leurs résultats.

Ils ont compris, en leur temps, que la violence engendre la violence et que la revanche ou la vengeance (souvent confondue avec une forme mineure de la justice) ne peuvent en aucune manière devenir une finalité. La guérison de l’injustice s’inscrit nécessairement dans un difficile travail des consciences. Ce travail doit conduire les adversaires du moment à se parler, à s’écouter puis à trouver ensemble les justes compromis conduisant à une forme de respect… Les ennemis peuvent ainsi se transformer progressivement en partenaires et dans le meilleur des cas… accéder au pardon. Celui-ci devenant possible, seulement et uniquement après la cessation des dommages et le processus des réparations.

Reste la situation extrême des fanatiques idéologiques extrémistes et radicaux. Seule une réponse des Instances Internationales est à même de tempérer les troubles et refroidir les risques. L’usage mesuré de la force devrait être minutieusement pensé dans ses conséquences proches et lointaines.

 A l’échelle de l’Histoire et des Siècles, victimes et bourreaux sont tous des humains, la plupart emportés par la fermentation des injustices de toutes natures du passé. Le plus grand nombre des acteurs de l’injustice, même les plus ardents ont ignoré les ressorts profonds des conflits dans lesquels ils étaient enlisés.

Prenons quelques illustrations : La guerre Européenne de 1939-45 est, entre autres causes, l’une des conséquences du sentiment d’humiliation ressenti par l’Allemagne à la suite de la guerre de 1914-18. Cette dernière guerre était de son côté le « deuxième round » de la guerre de 1870 qui à son tour plongeait ses racines dans les aventures guerrières Napoléoniennes. Nous pourrions remonter toute l’histoire et vérifier le principe selon lequel « celui qui prend l’épée périra par l’épée ». La priorité n’est donc pas de savoir, comme dans les disputes des enfants en cour de récréation : « qui a raison ? » ou encore « qui a commencé ? ».

Ceux qui s’intéressent, même de loin, aux sentiments des Antillais ou des Afros - Américains d’aujourd’hui sont vite convaincus que l’épisode de l’esclavage, pourtant terminé « officiellement » voici 2 siècles est toujours présent. Les fantômes du passé hantent encore les cœurs et les esprits des vivants… pour combien de temps encore ?

Il n’est pas dans mon intention de faire ici une échelle de comparaison dans l’horreur entre les différents génocides aussi monstrueux que renouvelés :

-Celle des Amérindiens exterminés depuis le 16ième siècle, au temps de la conquête Hispanique, puis lors de la marche vers l’Ouest des USA.

-Celle des Aborigènes d’Australie, empoisonnés et assassinés par les colons blancs aux 19 et 20ième siècles

-Celle des Arméniens victimes du génocide au début du 20ième siècle (non reconnu par les autorités Turques)

-Ou encore celle de la Shoah, à la charnière de la moitié du 20ième siècle, avec les millions de victimes du nazisme, la plupart pour le seul motif qu’ils étaient juifs…

En ce début du 21ième siècle ; les Etats du Moyen Orient seraient bien inspirés de mettre la priorité de leur politique sur une réelle justice avant qu’un ouragan dévastateur n’embrase la totalité de la région. Par ailleurs l’Europe, l’Asie et les Amériques ne sont pas à l’abri des retombées de l’accumulation des injustices dont ils se sont rendus coupables ou complices. Nul ne peut se garantir d’une possible exportation d’actes terroristes…ou pire encore, de la gangrène intérieure conduisant à la guerre de chacun contre tous.

L’Histoire nous montre que la violence potentielle, conjuguée à une idéologie d’exclusion ou à un fanatisme quelconque est plus contagieuse que la peste, le choléra, le sida et le virus Ebola réunis.

Ce ne sera pas avec « la vieille recette » de la loi du talion « œil pour œil et dent pour dent » qu’une solution pacifique durable sera trouvée dans les relations entre les peuples, comme dans la relation avec soi-même. Ce ne sera pas non plus dans le surarmement individuel et collectif que la justice et la paix pourront être garantis. A cet instant de la réflexion, nous ne pouvons que constater, tristement, la faillite et la totale incapacité des systèmes religieux dans l’instauration d’une juste paix fondée sur le respect et l’amour du prochain. 

 La question essentielle est : Voulons-nous vraiment la paix ? Sommes-nous prêts à payer le prix de la justice ?

La paix a ses racines dans la plus profonde intimité de la personne. Avant de pouvoir règner sur les Nations et sur le Monde, elle doit naitre dans l'individu, puis s'étendre aux relations de proximité, à la famille, au voisinage. 

Il convient alors de devenir et d'incarner le changement que nous voulons voir dans le monde... C'est le sens profond de notre action de conscientisation avec le support de l'éducation, de la formation et du yoga. 

Retenons, pour clore ce texte, que la justice est l’une des composantes de l’éthique pratique, celle-ci est compatible avec la plus haute spiritualité universelle. L’éthique s’exprime :            

-Par une  interrogation permanente sur les valeurs, elle  se réfère  à la pensée juste.

-Par une confrontation entre les différents discours, en relation avec la parole juste.

-Par  une réflexion sur  les comportements, ceux-ci  correspondent à l’action juste.